
Depuis plusieurs mois, les autorités municipales du Burkina Faso ont lancé une vaste opération de déguerpissement des abords des voies publiques, notamment dans la capitale, Ouagadougou. Objectif affiché : assainir l’espace urbain et fluidifier la circulation sur des artères souvent encombrées par une occupation anarchique. Une décision saluée par certains, mais vivement critiquée par d’autres, en raison de ses conséquences sur la vie économique de milliers de petits commerçants.
Une opération de salubrité qui divise.
Dans les rues naguère bondées de vendeurs de fruits, de sacs, de chaussures et d’objets divers, le calme a repris ses droits. Pour Ousmane Silga, ancien vendeur de sacs, la mesure était inévitable. “Je vendais au bord de la route, mais on a dû déguerpir. Ce n’est pas grave, nous comprenons. La voie était étroite et causait beaucoup d’accidents. Nous saluons cette décision”, affirme-t-il avec philosophie.

Un point de vue partagé par Jean Pierre Ouédraogo, gestionnaire à la retraite, qui se félicite de l’initiative. “C’est une bonne chose que le gouvernement ait décidé de libérer les voies. Mais il faut penser à ceux qui y gagnaient leur pain quotidien. Certains ne savent plus quoi faire. Quand tu sortais vendre, tu pouvais avoir 1 000 ou 2 000 F CFA pour nourrir ta famille. Aujourd’hui, beaucoup sont sans activité”, déplore-t-il. Il regrette que cette décision ait été prise sans une consultation approfondie des populations concernées.
Des commerçants entre incompréhension et résignation
Pour Nestor Compaoré, la question ne réside pas dans la pertinence de la mesure, mais dans sa mise en œuvre. “On a déguerpi les gens, mais où sont-ils maintenant ? Que font-ils ? C’est une erreur. Il fallait les réorienter vers des zones adaptées. Il y a des réserves, des espaces avec un minimum d’éclairage public où ces commerçants pouvaient être installés”, explique-t-il. À ses yeux, les petits entrepreneurs, très souvent dans l’informel, sont les grands oubliés de cette politique d’assainissement urbain.
Il nuance également l’argument sécuritaire souvent évoqué : “Ce ne sont pas les commerçants qui causent les accidents, c’est la vitesse. C’est donc à l’ONASER (Office National de la Sécurité Routière) de réguler la circulation, pas au gouvernement de chasser les gens.”
Des alternatives en cours!
Face aux critiques, les autorités municipales affirment avoir prévu des solutions de relogement. Selon la mairie de Ouagadougou, 17 sites répartis dans 11 arrondissements seraient en cours d’aménagement pour accueillir les commerçants délogés. Une annonce qui, bien qu’encourageante, suscite des interrogations quant à la capacité de ces espaces à absorber une population commerciale aussi dense et diversifiée.

