Titulaire d’une maîtrise en macroéconomie et gestion du développement, rien ne la prédestinait à fouler les sillons du compost ou à trier des feuilles séchées à l’ombre. Et pourtant, c’est dans les résidus de cuisine, les déjections animales et les déchets d’abattoir qu’elle a choisi de puiser l’espoir — celui d’un avenir fertile, où chaque geste rend hommage à la nature.
« C’est le manque d’opportunités, les conditions de travail précaires et l’exploitation par certains employeurs qui m’ont poussée à entreprendre », confie-t-elle. En 2024, elle tourne donc le dos aux bureaux climatisés pour suivre l’appel de la terre. « Je voulais reprendre le contrôle de mon temps, créé de la valeur, travaillé avec des partenaires, embaucher, inspiré. »

Aujourd’hui, Missa est une entrepreneure aux multiples casquettes. Elle fabrique du compost biologique, installe des jardins à domicile, et produit des infusions thérapeutiques à base de plantes locales. Chaque activité est minutieusement pensée, dans le respect du cycle naturel. Pour le compost, tout commence au champ : couches alternées de déchets organiques, arrosage mesuré, retournements à intervalles réguliers. La transformation peut durer deux semaines… ou deux mois, selon le type de compost souhaité.
Côté infusions, le processus est tout aussi rigoureux : achat des matières premières, lavage, séchage à l’ombre, transformation manuelle, puis conditionnement — avec l’aide d’un partenaire, faute de matériel suffisant. Ses mélanges à base de feuilles médicinales locales séduisent par leurs vertus, mais peinent encore à trouver un marché solide.
Car si le métier est noble, il n’est pas sans obstacles.
« L’écoulement des produits est lent, les installations de jardins ne trouvent pas toujours preneur, et le manque d’équipement fait grimper les coûts de production, » explique Missa. À cela s’ajoute une communication encore timide et un certain désintérêt de la clientèle : « Certains clients négligent le suivi des plantes. Une fois que tu arrêtes l’accompagnement, ils cessent d’arroser, et lorsque la plante meurt, ils t’appellent. »
Pourtant, elle ne lâche rien. Amoureuse de la nature, Missa a suivi des formations, multipliant ainsi ses connaissances et acquérant de l’expérience. Sa vision est claire : bâtir des serres agricoles modernes, autosuffisantes et bios, où l’on cultive avec des fertilisants naturels. Une idée née de sa première expérience professionnelle dans une serre — un souvenir qui alimente encore aujourd’hui ses rêves les plus ambitieux.
Elle rêve aussi de voir sa marque d’infusions rayonner au-delà des frontières, portée par la qualité, l’authenticité, et le respect des traditions naturelles. Et pourquoi pas, un jour, ouvrir des boutiques écologiques de fruits et légumes dans les quartiers de la ville. Un projet qu’elle porte encore, malgré la timide adhésion du public.
Missa Kaboré est de ces femmes qui refusent de céder au découragement.
Elle croit en la terre, en ses bienfaits, en la lente mais sûre poussée de chaque graine. Et elle croit surtout que l’indépendance économique peut rimer avec respect de l’environnement et bien-être collectif.
Un portrait inspirant d’une femme qui cultive la résilience… comme elle cultive ses jardins.

