C’est dans une volonté de mieux manger et de s’éloigner des bouillons industriels très répandus sur les marchés que Lucie Kagambega a entamé une aventure culinaire singulière. « À un certain moment, je voulais vraiment me détourner des cubes et des bouillons qu’on nous vend partout. J’ai alors cherché des alternatives plus naturelles pour relever mes plats », confie-t-elle.

Résidente de Saponé, Lucie Kagambega est enseignante dans une école de la localité. Mère de six enfants, elle consacre ses temps libres à une passion qui est devenue sa seconde activité : la fabrication artisanale de mélanges d’épices africaines. Au départ, elle préparait ses propres assaisonnements pour un usage familial. Après plusieurs essais concluants, elle commence à en faire profiter ses proches, collègues et voisins, séduits par la richesse des saveurs.
Depuis maintenant trois ans, Lucie concocte des mélanges à base d’épices locales soigneusement sélectionnées pour leurs vertus gustatives et nutritionnelles : gingembre, ail, poivre noir, soumbala, clou de girofle, laurier, et bien d’autres. Son objectif est clair : proposer des produits plus sains, exempts d’additifs chimiques, tout en valorisant les saveurs africaines.

Pour mieux faire connaître ses produits, Lucie a suivi une formation en e-commerce il y a un an. « Avant, je préparais mes mélanges, mais très peu de gens en entendaient parler. Après la formation, j’ai commencé à les publier sur les réseaux sociaux. Cela m’a permis de toucher un public plus large », explique-t-elle. Toutefois, elle reconnaît être encore en phase d’apprentissage en matière de communication digitale.
Les débuts n’ont pas été faciles. Il a fallu de nombreux essais, parfois infructueux, pour trouver les bons dosages. Le broyage des épices reste également un défi logistique : « Quand j’ai de petites quantités, je les écrase ici à Saponé. Mais quand la demande est plus grande, je dois aller à Ouagadougou. Ce n’est pas toujours évident, surtout avec le coût élevé des étiquettes et la distance à parcourir. »
Au-delà des épices, Lucie s’investit aussi dans la conservation des légumes frais — tomates, carottes, haricots verts — afin de prolonger leur durée de vie au-delà de leur saison de production. Une initiative qui permet de réduire les pertes post-récolte et de soutenir les petits producteurs locaux, souvent confrontés à une offre excédentaire.
Lucie Kagambega nourrit de grandes ambitions. Elle rêve d’agrandir son entreprise artisanale, de créer de l’emploi autour d’elle, et surtout de transmettre son savoir-faire à d’autres femmes désireuses de se lancer dans des initiatives similaires. Avec « Les Epices les délices chez Lucie », elle entend prouver que l’on peut conjuguer passion, santé et entrepreneuriat local.

