Opération “Journée sans pitié” : des avis partagés chez les vendeurs de motos

La Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes (BMCRF) a frappé fort ce lundi 14 juillet avec une opération coup de poing baptisée “Journée sans pitié”, ciblant les vendeurs de motos dans la capitale burkinabè. Dirigée par Sanibè Faho, cette intervention visait les commerçants en infraction, notamment ceux ne respectant pas l’obligation d’affichage des prix ou ne présentant pas de justificatifs d’achat. Plusieurs motos ont été saisies pour “prix démesurés”. Certains commerçants, peu enthousiastes face à cette décision jugée brutale donnent leur avis.

Assami Ouédraogo, vendeur de motos au quartier Wayalghin, reconnaît la pertinence de la démarche, mais appelle à une mise en œuvre plus nuancée.

“Souvent, on a pitié des clients. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on vend cher. Mais si tu achètes cher, tu es obligé de revendre cher. Il faut remonter à la source de ces hausses”, explique-t-il.

Il souligne que bon nombre de commerçants n’ont pas reçu de formation en gestion ou en réglementation commerciale. “Beaucoup n’ont pas fait d’études. Ils trouvent un local, investissent dans l’achat de motos et se lancent dans le commerce sans toujours savoir ce qui est légal ou non”, ajoute-t-il.

Assami propose donc une phase transitoire d’éducation et d’accompagnement des acteurs du secteur, étalée sur six mois à un an. Concernant la baisse des prix, il suggère un délai de deux mois pour écouler les stocks achetés à des tarifs élevés.

“Si on nous demande de baisser les prix immédiatement, on le fera parce que c’est la loi, mais ce sera une perte pour nous”, conclut’il.

Tapsoba Lassané, vendeur au marché de Bendogo, partage cet avis. Tout en saluant l’initiative, il plaide pour une meilleure compréhension de la chaîne de distribution.

“Il est vrai que les prix des motos ont augmenté un peu partout, mais ce n’est pas de notre faute”, insiste-t-il.

Selon lui, les grossistes sont à l’origine de la flambée des prix, et les détaillants ne font que s’ajuster pour éviter les pertes.

“Quand on paie un loyer de plus de 100 000 francs et qu’on ne vend qu’une moto par jour, c’est très compliqué”, déplore-t-il. Pour Lassané, la situation est difficile pour tous, commerçants comme clients. Il appelle les autorités à dialoguer avec les détaillants avant de déployer des mesures rigoureuses.

“Nous savons que les motos sont généralement moins chères dans les pays d’origine, mais nous ignorons où se situe réellement le problème de la hausse des prix ici”, confie Abdoul Karim Tiemtoré, revendeur de motos d’occasion à Ouagadougou.

À l’instar de plusieurs de ses collègues, il salue l’initiative des autorités burkinabè qui, à travers la BMCRF, tentent d’assainir le secteur de la vente de motos. Pour lui, il est légitime qu’un pays se dote de lois et que chacun fasse le choix de s’y conformer. C’est d’ailleurs la voie qu’il dit avoir choisie, convaincu que ces réformes vont dans le sens de l’intérêt général.

Contrairement à d’autres commerçants qui évoquent la complexité de la chaîne d’approvisionnement, Abdoul Karim Tiemtoré estime qu’aucun argument ne peut justifier la flambée des prix observée sur le marché local. Il appelle ainsi à une application ferme et sans concession des mesures de régulation.

Cette opération de la BMCRF, bien qu’appréciée pour son objectif de protection du consommateur, révèle une réalité plus complexe sur le terrain. Entre exigences économiques, manque de formation et pression des grossistes, les commerçants appellent à un dialogue franc avec les autorités. Une chose est sûre, la régulation du secteur des motos est désormais en marche.

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