
Dans un secteur encore largement masculin, Nafissatou Jeanine Nignan, ingénieure de travaux en génie civil, s’impose par sa passion pour les matériaux locaux et son engagement en faveur d’un développement durable. À seulement 29 ans, elle est devenue une figure montante de l’éco-construction au Burkina Faso.

Titulaire d’une licence en génie civil et d’un master en management de la qualité, sécurité et environnement, elle ne se prédestinait pas particulièrement à la construction en terre. Mais en 2018, un stage de fin d’études va tout changer. Ce qui devait être une formalité pour valider son diplôme devient un tournant décisif. C’est là qu’elle découvre les briques en terre comprimée (BTC) et développe un véritable intérêt pour cette technique de construction respectueuse de l’environnement.
« Je faisais juste mon stage pour pouvoir soutenir et m’orienter ailleurs, dans les routes. Mais j’ai développé une passion pour les BTC », confie-t-elle.
Aux côtés de Monsieur Zi, promoteur de l’entreprise Zi Matériaux, elle apprend à maîtriser les matériaux locaux et comprend l’urgence de leur valorisation. Aujourd’hui, elle y travaille comme contrôleuse technique et formatrice au Centre des Éco Matériaux de Construction. Elle participe activement à la fabrication, à la promotion et à la vulgarisation des BTC dans le pays. Entre chantiers, formations et encadrement d’apprenants, ses journées sont bien remplies et rarement semblables.
Pourtant, son choix professionnel n’a pas toujours été compris, même par ses proches. Son père, notamment, avait du mal à accepter qu’elle délaisse le béton pour se consacrer à la terre :
« Quelqu’un va étudier le génie civil pour laisser le béton et venir s’amuser avec la terre comme un enfant ? » lui lançait-il.
Mais Jeanine est restée ferme dans ses convictions. Sa persévérance et son sérieux ont fini par convaincre. Aujourd’hui, sa famille la soutient pleinement, fière de son parcours.
Comme beaucoup de femmes dans des secteurs techniques, elle a dû faire face à de nombreux préjugés. Certaines remarques misogynes, comme « Une femme ne me donne pas d’ordre » ou « J’ai ton semblable à la maison », l’ont longtemps accompagnée. Mais elle a su s’imposer par son professionnalisme et sa capacité à fédérer. « Aujourd’hui, ça va. J’ai su m’adapter et me familiariser à l’environnement », affirme-t-elle.
Jeanine entretient par ailleurs d’excellentes relations avec ses collègues, notamment les anciens de l’entreprise qu’elle considère comme des mentors. Elle apprend d’eux et leur transmet, en retour, ses connaissances et ses compétences modernes.
Militante engagée de l’écoconstruction, elle défend une approche responsable de la construction : penser à l’environnement, réduire l’impact carbone, préserver les ressources naturelles et favoriser la création d’emplois locaux. Elle rêve de voir émerger au Burkina Faso des quartiers entiers bâtis avec des matériaux locaux, du sol au plafond.
Son appel est clair : changer les mentalités et dépasser les idées reçues qui associent encore trop souvent la terre à la pauvreté, et le béton à la modernité. Pour elle, la terre est un matériau d’avenir, durable, économique et parfaitement adapté au climat sahélien.


