
Anglophone de formation, Wendlasida Dominique Ouédraogo aurait pu tracer une trajectoire classique, chercher un emploi, se stabiliser, vivre simplement. Mais c’est une autre voie qui s’est ouverte à lui, celle de l’entrepreneuriat créatif. Il est aujourd’hui le fondateur de WIFASH, une jeune entreprise burkinabè spécialisée dans la confection et la commercialisation de sacs, chaussures, et accessoires de mode et de bureau. Avec une vision bien ancrée dans l’avenir, il forme aussi des femmes et des jeunes, leur transmettant un savoir-faire artisanal porteur d’espoir et d’autonomie. « C’est l’entrepreneuriat qui a décidé de me prendre », dit-il simplement.

Au départ, Dominique ne rêvait pas d’industrie ni de mode. En 2017, il réparait des seaux, des bidons et des chaussures abîmées, le soir après les travaux champêtres. Une activité modeste, à laquelle s’ajoutait le perlage, un art manuel déjà ancré dans l’univers de la mode. Il ne le savait pas encore, mais ces gestes répétitifs, ce bricolage méticuleux, traçaient les premiers contours de ce que deviendrait WIFASH.
C’est en 2020 qu’un simple visiteur, souffla à sa mère une idée : « Ce qu’il fait est bien… mais il pourrait aller plus loin en habillant les chaussures avec du pagne, comme cela se fait à Ouagadougou. » Cette remarque banale fut un déclic.
En 2021, Dominique arrive dans la capitale. Il achète deux paires de chaussures, du pagne, et tente une première création. Le résultat le satisfait. C’est le point de départ d’une aventure audacieuse : transformer des matières locales : pagne, cuir, plastique recyclé en accessoires de mode uniques, faits main, alliant esthétique et conscience environnementale.
Pendant quatre ans, de 2021 à avril 2025, Dominique travaille chez lui, dans un atelier de fortune. Puis, à force de persévérance, il ouvre enfin son propre espace professionnel, un symbole fort de l’évolution de son entreprise. Mais au-delà du lieu, c’est sa vision qui se structure : faire de WIFASH une marque durable, une vitrine du savoir-faire burkinabè, un levier pour l’économie circulaire.
Loin de courir après le profit, il cherche la stabilité, la visibilité, l’impact. « Être capable de payer mon loyer et mes charges, c’est déjà une victoire », confie-t-il avec humilité. Chaque étape est pour lui une grâce, un apprentissage, une prière exaucée.
Pourtant, les défis ne manquent pas. Manque de visibilité, rareté de la main-d’œuvre qualifiée, équipements vétustes… Dominique en parle sans détour. Le travail manuel est exigeant, peu valorisé, mais il y croit. Il emploie déjà une personne en permanence et collabore avec des contractuels selon les commandes. À chaque client, il propose un suivi personnalisé : « Le client peut suivre la création de son accessoire du début à la fin. »
Et ça marche. Ceux qui portent les créations WIFASH saluent la qualité, l’originalité, la durabilité. Une satisfaction qui, selon Dominique, en appelle d’autres : « Un client satisfait, c’est plusieurs clients qui viendront. »
Ses ambitions dépassent les frontières : il rêve d’exporter ses produits, de faire rayonner l’identité culturelle burkinabè à l’international, de créer une vraie chaîne de valeur locale, de produire en série, et pourquoi pas, d’industrialiser la filière tout en gardant l’âme artisanale.
WIFASH, contraction de Wibga Fashion, porte en son nom cette ambition. Wibga, qui signifie l’aigle en mooré, symbolise la vision, la persévérance, la capacité à s’élever malgré les vents contraires. Quant à Fashion, il rappelle l’universalité du langage de la mode. Dominique n’a pas choisi l’aigle par hasard : « C’est un animal qui voit loin. Même face à l’adversité, il trouve toujours les ressources pour monter plus haut. »


